vendredi 3 juin 2011

Bischheim a le coeur à vif







Crédit photo: CAUE Bischheim


Ces habitations vont être entièrement démolies. Elle vont être remplacées par un grand ensemble urbain.  



La mairie a acquis une dizaine de bâtisses dans l’îlot centre de Bischheim, vouées à être détruites. Les habitants et les commerçants attendent dans l’inquiétude.




La peinture des murs décrépis du café Metz s’écaille, les volets en bois sont toujours fermés, l’enseigne sur la façade s’efface. Ce bâtiment imposant à l’angle de la rue du Général Leclerc et de la route de Bischwiller au centre de Bischheim est laissé à l’abandon depuis plus de dix ans. Il fait partie d'un pâté de maisons appelé îlot-centre, délimité par la route de Bischwiller, les rues Nationale, du Général Leclerc et de l'Église, et constitué d'anciennes maisons à colombages, typiquement alsaciennes.

Depuis une dizaine d'années, la mairie a acheté onze de ces bâtisses à des propriétaires individuels, sur la vingtaine que compte l’îlot. Le reste appartient encore à des particuliers qui y vivent toujours ou louent à des commerçants. Lors du conseil municipal du 24 mars, la municipalité a présenté son projet. Ces habitations vont être entièrement démolies. Elles devront laisser la place à un grand ensemble urbain neuf, afin de moderniser le centre de Bischheim. Ces projets de démolition inquiètent les habitants de l'îlot qui n'ont aucune idée de l'avenir de leurs maisons.

Un manque de communication

« On a l’impression qu’ils ont quelque chose derrière la tête, sans le dire », confie Nicolas Bouyer, conseiller municipal (PS) à la mairie de Bischheim. Les commerçants locataires des maisons qui appartiennent à la mairie sont dans l’incertitude. « Cela fait quatre ans qu’on nous dit qu’il ne faut pas investir dans la boutique, que la démolition est imminente », se plaint Marie-Christine Elkeries qui gère la boutique de dragées Le Berlingot dans la rue du Général Leclerc. Même situation pour la fleuriste juste à côté, Cathie Panter : « Puisqu'on est susceptible de partir à tout moment, on ne peut pas faire de petits travaux, ni embaucher, car on risque une rupture de contrat. »

Ce n’est pas la modernisation du centre de Bischheim qui pose problème aux habitants, mais le manque de communication qui nourrit beaucoup de rumeurs. Le 10 avril dernier, sept projets d’étudiants en architecture ont été présentés aux riverains. Ces études, qui n'ont pas vocation à être réalisées, montraient l’îlot centre complètement réaménagé par de nouvelles constructions modernes, voire futuristes, remplaçant les petites maisons alsaciennes. Les propriétaires ne comprennent pas. « Je trouve ça drôle de demander à des gens de donner leur avis sur un projet qui nécessite la démolition de leur propre maison », s'indigne Marie Thiroux, enseignante à la retraite. Evelyne Wurth, dont les parents retraités sont les propriétaires d’une grande bâtisse de près de 1100 mètres carré, dans la rue du Général Leclerc, s’étonne : « Je ne comprends pas pourquoi on affole la population pour un réaménagement qui ne se concrétisera que dans une trentaine d'années. » Commerçants et habitants voudraient en finir avec les rumeurs. Ils attendent des déclarations claires . « Les gens viennent nous voir en nous demandant si on va vendre. Ce n'est jamais réconfortant d'entendre des bruits », souligne Marie Thiroux.

Un projet à très long terme

Cette attente anxieuse risque pourtant de durer. Pour le moment, il n’y a rien de concret, juste des orientations en cours d'élaboration. Les objectifs affichés par la mairie : mettre à disposition des espaces publics, des commerces et des services dans des locaux neufs. Le but est aussi de construire davantage d'habitations neuves pour attirer des populations plus aisées. En effet, Bischheim détient le record du nombre de logements sociaux de la Communauté urbaine de Strasbourg : ils représentent 35% de l'habitat de la ville.
La municipalité de Bischheim a chargé le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) du Bas-Rhin de réaliser une étude urbaine sur ce territoire, afin de définir un projet cohérent. Une réflexion préalable à la mise en place du Plan local d'urbanisme (PLU), qui définit de nouvelles règles de construction. L'échéance pour l'adoption de ce plan est fixée à 2015. Quant aux démolitions, « elles ne se feront pas avant qu'il soit défini », précise Marie-Laure Walle, directrice de l'urbanisme à la mairie de Bischheim.
Ensuite seulement les constructions pourront commencer. « Cela va se faire morceau par morceau, selon les acquisitions. Les promoteurs immobiliers qui rachèteront suivront les règles établies », clarifie Valérie Laforgue, architecte urbaniste du CAUE.
Pour l'instant, c'est le Plan d'occupation des sols (POS) qui est appliqué. Trop ancien, il pose problème à la municipalité. Valérie Laforgue explique : « Cela génère de grandes constructions sur les grosses parcelles, voisinant avec de petits bâtis sur les parcelles alentour. Cette disparité nuit à l’harmonie urbaine globale. » « Le but est d'éviter les aberrations architecturales », renchérit Fabien Weiss, adjoint au maire chargé de l'urbanisme. Dans ces circonstances, aucun aménagement n’est possible et les rénovations coûteraient trop cher.

Vers le départ des habitants

En attendant, la mairie se contente de saisir les opportunités d'achat en usant de son droit de préemption. Mais les propriétaires de l'îlot ne veulent pas vendre leurs biens à n'importe quel prix. « Si la mairie rachète ma maison, j’ai peur d’être perdant », s'inquiète Onuk Veli Dilan, propriétaire de la pizzeria Dilan et des logements situés au dessus dans la rue du Général Leclerc. Évelyne Wurth raconte : « la mairie nous a proposé il y a quatre ans d’acheter une petite partie de la propriété pour une misère. Nous avons refusé et elle n’a pas insisté.»
Mais quand les prix sont prohibitifs, la municipalité fait appel au privé. « On a mis les immobiliers sur le coup, ils savent que le centre va pouvoir se moderniser avec le PLU », explique Fabien Weiss. « Je dis juste que ce serait aberrant de continuer à vivre dans quelque chose de moyenâgeux », ajoute-t-il. Les promoteurs sont intéressés par les réaménagements urbains à venir. Ils sont régulièrement venus voir Onuk Veli Dilan pour lui demander s’il voulait vendre et avoir une estimation de sa propriété.
Le projet d'urbanisme de la mairie ne pourra pas avancer sans le départ des habitants. Dans tous les cas, il progressera lentement. « Nous ne pouvons pas donner d’échéance précise, mais pour que l’îlot-centre se reconstruise cela peut prendre plusieurs décennies », confirme Marie-Laure Walle.

Clothilde Hazard





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