Crédit photo: CAUE Bischheim
Ces habitations vont être entièrement démolies. Elle vont être remplacées par un grand ensemble urbain.
La mairie a acquis une dizaine de
bâtisses dans l’îlot centre de Bischheim, vouées à être
détruites. Les
habitants et les commerçants attendent dans l’inquiétude.
La peinture des murs décrépis du
café Metz s’écaille, les volets en bois sont toujours fermés,
l’enseigne sur la façade s’efface. Ce bâtiment imposant à
l’angle de la rue du Général Leclerc et de la route de
Bischwiller au centre de Bischheim est laissé à l’abandon depuis
plus de dix ans. Il fait partie d'un pâté de maisons appelé
îlot-centre, délimité par la route de Bischwiller, les rues
Nationale, du Général Leclerc et de l'Église, et constitué
d'anciennes maisons à colombages, typiquement alsaciennes.
Depuis une dizaine d'années, la
mairie a acheté onze de ces bâtisses à des propriétaires
individuels, sur la vingtaine que compte l’îlot. Le reste
appartient encore à des particuliers qui y vivent toujours ou louent
à des commerçants. Lors du conseil municipal du 24 mars, la
municipalité a présenté son projet. Ces habitations vont être
entièrement démolies. Elles devront laisser la place à un grand
ensemble urbain neuf, afin de moderniser le centre de Bischheim. Ces
projets de démolition inquiètent les habitants de l'îlot qui n'ont
aucune idée de l'avenir de leurs maisons.
Un manque de communication
« On a l’impression qu’ils
ont quelque chose derrière la tête, sans le dire », confie
Nicolas Bouyer, conseiller municipal (PS) à la mairie de Bischheim.
Les commerçants locataires des maisons qui appartiennent à la
mairie sont dans l’incertitude. « Cela fait quatre ans qu’on
nous dit qu’il ne faut pas investir dans la boutique, que la
démolition est imminente », se plaint Marie-Christine Elkeries
qui gère la boutique de dragées Le Berlingot dans la rue du
Général Leclerc. Même situation pour la fleuriste juste à côté,
Cathie Panter : « Puisqu'on est susceptible de partir à tout
moment, on ne peut pas faire de petits travaux, ni embaucher, car on
risque une rupture de contrat. »
Ce n’est pas la modernisation du
centre de Bischheim qui pose problème aux habitants, mais le manque
de communication qui nourrit beaucoup de rumeurs. Le 10 avril
dernier, sept projets d’étudiants en architecture ont été
présentés aux riverains. Ces études, qui n'ont pas vocation à
être réalisées, montraient l’îlot centre complètement
réaménagé par de nouvelles constructions modernes, voire
futuristes, remplaçant les petites maisons alsaciennes. Les
propriétaires ne comprennent pas. « Je trouve ça drôle de
demander à des gens de donner leur avis sur un projet qui nécessite
la démolition de leur propre maison », s'indigne Marie Thiroux,
enseignante à la retraite. Evelyne Wurth, dont les parents retraités
sont les propriétaires d’une grande bâtisse de près de 1100
mètres carré, dans la rue du Général Leclerc, s’étonne : « Je
ne comprends pas pourquoi on affole la population pour un
réaménagement qui ne se concrétisera que dans une trentaine
d'années. » Commerçants et habitants voudraient en finir avec
les rumeurs. Ils attendent des déclarations claires . « Les
gens viennent nous voir en nous demandant si on va vendre. Ce n'est
jamais réconfortant d'entendre des bruits », souligne
Marie Thiroux.
Un projet à très long terme
Cette
attente anxieuse risque pourtant de durer. Pour le moment, il
n’y a rien de concret, juste des orientations en cours
d'élaboration. Les objectifs affichés par la mairie : mettre à
disposition des espaces publics, des commerces et des services dans
des locaux neufs. Le but est aussi de construire davantage
d'habitations neuves pour attirer des populations plus aisées. En
effet, Bischheim détient le record du nombre de logements sociaux de
la Communauté urbaine de Strasbourg : ils représentent 35% de
l'habitat de la ville.
La municipalité de Bischheim a chargé
le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE)
du Bas-Rhin de réaliser une étude urbaine sur ce territoire, afin
de définir un projet cohérent. Une réflexion préalable à la mise
en place du Plan local d'urbanisme (PLU), qui définit de nouvelles
règles de construction. L'échéance pour l'adoption de ce plan est
fixée à 2015. Quant
aux démolitions, « elles
ne se feront pas avant qu'il soit défini »,
précise Marie-Laure Walle, directrice de l'urbanisme à la mairie de
Bischheim.
Ensuite seulement les constructions
pourront commencer. «
Cela
va se faire morceau par morceau, selon les acquisitions. Les
promoteurs immobiliers qui rachèteront suivront les règles établies
»,
clarifie Valérie Laforgue, architecte urbaniste du CAUE.
Pour l'instant, c'est le Plan
d'occupation des sols (POS) qui est appliqué. Trop ancien, il pose
problème à la municipalité. Valérie Laforgue explique : « Cela
génère de grandes constructions sur les grosses parcelles,
voisinant avec de petits bâtis sur les parcelles alentour. Cette
disparité nuit à l’harmonie urbaine globale. »
« Le but est d'éviter les aberrations architecturales »,
renchérit Fabien Weiss, adjoint au maire chargé de l'urbanisme.
Dans ces circonstances, aucun aménagement n’est possible et les
rénovations coûteraient trop cher.
Vers le départ des habitants
En attendant, la mairie se contente de
saisir les opportunités d'achat en usant de son droit de préemption.
Mais les propriétaires de l'îlot ne veulent pas vendre leurs biens
à n'importe quel prix. « Si la mairie rachète ma maison, j’ai
peur d’être perdant », s'inquiète Onuk Veli Dilan,
propriétaire de la pizzeria Dilan et des logements situés au dessus
dans la rue du Général Leclerc. Évelyne Wurth raconte : « la
mairie nous a proposé il y a quatre ans d’acheter une petite
partie de la propriété pour une misère. Nous avons refusé et elle
n’a pas insisté.»
Mais quand les prix sont prohibitifs,
la municipalité fait appel au privé. « On a mis les
immobiliers sur le coup, ils savent que le centre va pouvoir se
moderniser avec le PLU », explique Fabien Weiss. « Je
dis juste que ce serait aberrant de continuer à vivre dans quelque
chose de moyenâgeux », ajoute-t-il. Les promoteurs sont
intéressés par les réaménagements urbains à venir. Ils sont
régulièrement venus voir Onuk Veli Dilan pour lui demander s’il
voulait vendre et avoir une estimation de sa propriété.
Le projet d'urbanisme de la mairie ne
pourra pas avancer sans le départ des habitants. Dans tous les cas,
il progressera lentement. «
Nous
ne pouvons pas donner d’échéance précise, mais pour que
l’îlot-centre se reconstruise cela peut prendre plusieurs
décennies
», confirme Marie-Laure Walle.
Clothilde Hazard

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